Au bout c'est la mer

5 août 2026 · Yasser El-Tayeb, Guide et opérateur

France 5 a descendu le Nil d'Abou Simbel à Rosette. La remontée vers Louxor s'est faite à bord du Mandala.

Un tournage sur le Nil ne ressemble pas à un tournage ailleurs. Le fleuve impose son rythme à tout le monde, y compris à ceux qui viennent le filmer.

France 5 a diffusé le 5 août 2026 un épisode d'« Au bout c'est la mer » consacré au Nil. François Pécheux y descend le fleuve sur toute sa longueur égyptienne : d'Abou Simbel et des rives nubiennes du lac Nasser jusqu'à Rosette, là où l'eau douce se perd dans la Méditerranée. Entre Assouan et Louxor, il navigue à bord du Mandala. Yasser a accompagné l'équipe sur cette partie du voyage.

Ce que la caméra a suivi

Le trajet commence au sud, devant les colosses d'Abou Simbel taillés dans le grès, à la limite du lac Nasser. Puis Assouan, où le fleuve se resserre entre les îles et les blocs de granit rose, et où l'on entend encore la première cataracte sous les barrages.

À Daraw, l'équipe s'arrête au marché aux dromadaires. C'est le plus grand d'Égypte, et l'un des rares endroits du pays où arrivent encore les bêtes venues du Soudan par la piste des Quarante Jours. Le marché se tient tôt, avant que la chaleur ne monte, et il n'a rien d'une reconstitution pour visiteurs.

C'est à partir d'Assouan que la descente devient navigation. La remontée vers Louxor se fait à bord du Mandala, à la voile, comme elle se fait depuis le milieu du XIXe siècle. Plus au nord, le film s'attarde auprès de pêcheurs qui relèvent le plastique du fleuve avant de relever leurs filets. Puis Rosette, l'embouchure, la fin du parcours.

Le tronçon navigué

Entre Assouan et Louxor, le Nil parcourt environ deux cent vingt-cinq kilomètres. C'est le seul segment du fleuve égyptien qui se prête encore à la voile : le courant descend vers le nord, le vent dominant remonte vers le sud, et une coque à faible tirant d'eau peut accoster à peu près partout.

C'est ce qui distingue une dahabiyeh d'un bateau de croisière. Elle passe là où les grands navires ne peuvent pas s'arrêter, parce qu'il n'y a pas de ponton, parce que la rive est basse, parce que le village n'attend personne. Les escales classiques du tronçon — Kom Ombo, Djebel el-Silsila, Edfou — sont des temples que tout le monde visite. Ce qui se trouve entre elles ne l'est pas.

Naviguer avec une équipe à bord

Une dahabiyeh n'est pas un plateau. Pas de moteur de propulsion, pas de générateur qui tourne la nuit, pas de coursive où ranger le matériel. Ce qui monte à bord doit y tenir, et ce qui doit être filmé doit l'être quand la lumière et le vent le permettent, pas quand le plan de travail le prévoit.

C'est une contrainte pour une équipe de tournage. C'est aussi, sans doute, ce qui donne à ces images leur justesse. On ne peut pas accélérer une dahabiyeh, ni lui demander d'être à tel endroit à telle heure parce qu'un plan l'exige. Elle avance quand le vent du nord la pousse et s'arrête quand il tombe.

Filmer depuis ce pont, c'est accepter de filmer au rythme du fleuve.

Les temps morts, sur un bateau comme celui-là, n'en sont pas. Ce sont les heures où la rive défile, où des enfants courent sur la berge en criant, où un héron décolle d'un banc de limon. Une équipe qui reste assez longtemps finit par les filmer aussi — et ce sont souvent les plans qui restent.

Quel est le bateau de l'épisode ?

Le bateau de l'épisode « Le Nil » d'« Au bout c'est la mer », diffusé sur France 5 le 5 août 2026, est le Mandala, une dahabiyeh de la flotte Voiles d'Égypte. C'est à son bord que François Pécheux remonte le fleuve d'Assouan à Louxor, sur environ deux cent vingt-cinq kilomètres, à la voile. Le documentaire ne donne pas son nom : le sujet du film est le fleuve, pas le bateau. Nous le donnons ici parce que nous l'armons et que Yasser accompagnait l'équipe pendant le tournage.

L'épisode reste disponible en replay sur france.tv jusqu'au 23 janvier 2030.

Le bateau que le film ne nomme pas

Le documentaire ne donne pas le nom de la dahabiyeh. C'est un choix de production, et c'est le bon : le sujet du film est le Nil, pas un bateau.

Nous pouvons le donner ici. C'était le Mandala, l'une de nos dahabeyas. Il n'a pas été gréé pour l'occasion et l'itinéraire n'a pas été composé pour la caméra : c'est la navigation que nous faisons, filmée pendant qu'elle se faisait.

C'est aussi pour cela que le film sonne juste. Ce qui compte n'est pas qu'un objectif se soit posé sur ce pont, mais que ce qu'il a filmé corresponde à ce que nous proposons — une remontée à la voile entre Assouan et Louxor, un équipage qui connaît le fleuve, et le temps qu'il faut pour le regarder.

Ce qui reste

Un documentaire passe une fois, puis reste en ligne — celui-ci pour plusieurs années. Ce n'est pas un argument de vente pour autant, et nous ne le traiterons pas comme tel.

Il documente en revanche quelque chose que nous répétons sans toujours pouvoir le montrer : que la Haute-Égypte se traverse mieux lentement, que le fleuve a encore des rives où personne n'accoste, et qu'une dahabiyeh à la voile n'a rien de commun avec un bateau de croisière de plusieurs centaines de passagers.

Ceux qui ont vu le film et veulent savoir à quoi ressemble ce voyage depuis le pont plutôt que depuis un écran trouveront nos itinéraires plus utiles que cette page.


« Au bout c'est la mer », épisode « Le Nil », saison 9. Présenté par François Pécheux, réalisé par Stéphane Jobert, produit par Step by Step Productions. Diffusé le 5 août 2026 à 21 h sur France 5, cinquante-deux minutes. Nous ne sommes ni producteurs ni diffuseurs de ce programme.

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